REGARD’ELLES, l’expo qui raconte des histoires
Marie-Emmanuelle Brodeau | Publié le |

Qui l’eut cru ? Qui eut cru que vous alliez tant lire pendant cette exposition de photographies mettant en lumière des femmes entrepreneures sur ce territoire des Vals de Saintonge ?
Quand l’association des Entr’preneuses du Vals de Saintonge nous a présenté ce projet, à Glwadys et moi-même, j’ai sauté à pieds joints sans vraiment savoir ce qui allait se passer. Mais il était question de travailler en binôme avec une photographe. Et l’image a toujours constitué pour moi un partenaire naturel du texte. Les deux font la paire comme le sel et le poivre, le soleil et l’été, le printemps et les poètes ! Alors, même si Glwadys et moi, nous connaissions depuis peu, il me semblait évident que nous allions tout simplement apprendre à travailler ensemble. Et c’est ce que nous avons fait, et assez bien, je crois.
L’originalité de cette expo photo tenait sans conteste dans la décision d’accorder au texte autant d’importance qu’à la photographie. Il n’était pas question d’écrire deux ou trois lignes pour légender des images, mais bien d’écrire, en les résumant bien entendu et en en retirant la substantifique moelle, les histoires de femmes investies dans la vie économique du territoire des Vals de Saintonge. On dit parfois de lui qu’il est le parent pauvre d’un département maritime qui concentre, il est vrai, une partie de sa vie économique sur la côte. Pourtant, comme vous le dirait Angélique, l’une des femmes qui a accepté de se prêter au jeu du double portrait (photographique et biographique), nous vivons là dans un territoire loin de rien et préservé où il fait bon vivre. Ce territoire, j’y suis née. J’y ai grandi, j’y ai fait mes classes jusqu’au baccalauréat avant de partir étudier, travailler puis d’y revenir à un moment de ma vie où j’avais besoin de me ressourcer dans ce cadre paisible où au milieu coule une rivière, la Boutonne. À partir de là, comment refuser la proposition qui m’était faite par Cécile, Élodie, Delphine et Kaïna, les quatre mousquetaires des Entr’preneuses en VDS ? C’eut été pure folie !
En tant qu’écrivain public, je suis habituée à rencontrer des hommes et des femmes qui me demandent de raconter des histoires, les leurs ou celles d’autres. Qu’il s’agisse de rédiger la biographie d’une grand-mère qui m’est tout à fait inconnue (qui au fil des rencontres devient de plus en plus intime), qui a passé sa vie à travailler tout en élevant ses enfants, ou le bulletin municipal d’une collectivité rurale et d’y relater les dernières animations de l’été, les festivités du 14 juillet, la rencontre des anciens du club de belote, les commémorations du 11 novembre ou le courage d’une résistante du village, il est toujours question d’histoire et de narration. Pour retenir l’attention d’un lecteur, il faut donner vie au récit, il faut y mettre de la chair. Et faire cela, c’est l’aventure la plus passionnante que je connaisse. Aller à la rencontre de l’autre, quel qu’il soit, sans préjugé, y compris à travers de la documentation, faire sa connaissance, comprendre ce qui l’anime, le fait vibrer, s’imprégner de son univers, c’est un voyage en humanité, et c’est sans doute le plus beau des voyages.
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