Le participe passé des verbes pronominaux
Marie-Emmanuelle Brodeau | Publié le |

Le participe passé des verbes pronominaux peut s’avérer périlleux. Encore un des petits bonheurs de la langue de Molière ! Cet article va vous aider à y voir plus clair.
1/ Définition
Tout d’abord, qu’est-ce qu’un verbe pronominal ? C’est un verbe construit avec un pronom réfléchi (me, te, se, nous, vous) et conjugué au participe passé avec l’auxiliaire être : s’envoler, s’aimer, s’enflammer, se consumer, se plaire, se voir, se rencontrer, se dire, s’écrire, etc.
Nous avons tous appris à l’école que les verbes conjugués au participe passé avec l’auxiliaire être s’accordent en genre et en nombre avec le sujet (Exemple : elle est allée au théâtre hier.). Si les verbes pronominaux suivaient cette même logique en toutes circonstances, cet article serait parfaitement inutile. Mais voilà, la langue française a ses charmes et ses détours qui, sans faire fi de toute logique, la pimentent de règles complémentaires.
2/ Les verbes pronominaux essentiellement pronominaux
Certains verbes pronominaux sont dits essentiellement pronominaux, parce que vous ne les rencontrerez qu’à la forme pronominale : se méfier, se souvenir, s’évanouir, se désister, se lamenter, s’absenter, s’évader, se méprendre, s’obstiner, s’abstenir, etc. Dans ce cas, le pronom réfléchi n’a pas de fonction précise. Ces verbes pronominaux s’accordent en genre et en nombre avec le sujet.
Exemples :
Elles se sont absentées pour la journée. Ils se sont abstenus aux dernières élections. Elle s’est méprise sur ses intentions. Elle s’est désistée en faveur d’un autre candidat.
♦ L’exception à cette règle des verbes essentiellement pronominaux : le verbe s’arroger. S’arroger, bien qu’essentiellement pronominal, s’accorde avec le COD (complément d’objet direct) s’il est placé avant le verbe.
Exemple :
Elle s’est arrogé des droits qu’elle n’avait pas. Les droits qu’elle s’est arrogés.
3/ Les verbes pronominaux autonomes
Certains verbes sont dits verbes pronominaux autonomes parce que leur sens à la voix pronominale diffère de leur sens à la voix active : s’apercevoir signifie « se rendre compte de quelque chose » quand apercevoir signifie « voir ». Les verbes pronominaux autonomes, comme les verbes pronominaux essentiellement pronominaux, s’accordent en genre et en nombre avec le sujet.
Exemples :
Elle s’est aperçue qu’elle avait oublié ses clefs.
Elle a aperçu un oiseau dans la haie.
Ils se sont beaucoup amusés ensemble. (S’amuser : jouer, avoir des occupations divertissantes).
Ils amusent leurs parents. (Amuser : occuper agréablement le temps de quelqu’un, le divertir).
4/ Les verbes occasionnellement pronominaux
À l’inverse des verbes essentiellement pronominaux, les verbes occasionnellement pronominaux existent aussi dans leur forme simple : laver/se laver, regarder/se regarder, voir/se voir, rencontrer/se rencontrer, battre/se battre, etc. Ces verbes se déclinent en deux sous-catégories : les verbes pronominaux réfléchis et les verbes pronominaux réciproques. Dans les deux cas, pour ces verbes pronominaux dits occasionnellement pronominaux on va rechercher le complément d’objet direct (COD). En effet, les verbes pronominaux occasionnellement pronominaux s’accordent avec le COD si ce dernier est placé devant le verbe.
4.1/ Les verbes pronominaux réfléchis
Dans sa forme pronominale, le sujet du verbe pronominal réfléchi agit sur lui-même : se laver, se lever, se regarder, se couper, se blesser, etc. Ainsi, le verbe pronominal réfléchi suit la règle du participe passé construit avec l’auxiliaire avoir et s’accorde avec le COD si ce dernier est placé devant le verbe.
Exemples :
1. Quand le COD est le pronom réfléchi : Elle s’est lavée. (Ici le COD, en l’occurrence le pronom réfléchi « s’ » qui a pour antécédent « elle », est placé avant le verbe. Laver qui ? « s’ » c’est-à-dire « elle ») 2. Quand le COD n’est pas le pronom réfléchi : Elle s’est lavé les cheveux. (Le COD est ici placé après le verbe. Laver quoi ? Les cheveux). Les cheveux qu’elle s’est lavés. (Ici le COD, en l’occurrence le pronom relatif « que » qui a pour antécédent « cheveux », est placé avant le verbe. Laver quoi ? « qu’ » c’est-à-dire « les cheveux »).
4.2/ Les verbes pronominaux réciproques
Abordons maintenant le cas des verbes pronominaux réciproques. L’action est alors réalisée par des sujets qui agissent l’un sur l’autre, d’où cette notion de réciprocité. Le verbe s’accorde alors avec le COD placé devant.
Exemples :
Ils se sont battus. (Ici, le COD est le pronom réfléchi « se », mis pour « Ils ». Battre qui ? L’un l’autre). En revanche : Ils se sont lancé des injures à la figure. (Ici, le COD est placé après le verbe. Lancer quoi ? Des injures.).
♦ Parfois, le pronom réfléchi n’est pas un COD, mais un COI (complément d’objet indirect). Dans ce cas, le verbe ne s’accorde pas, comme lorsque vous conjuguez un verbe au participe passé avec l’auxiliaire avoir.
Exemple :
Ils se sont téléphoné. (Ici le pronom réfléchi « se » est un COI. Téléphoner à qui ? À « se » c’est-à-dire à ils).
5/ Les verbes pronominaux dont le participe passé est invariable
La langue française ne serait pas la langue française sans ses exceptions.
Ainsi, les participes passés des verbes pronominaux suivants sont invariables : se succéder, se parler, se ressembler, se sourire, se rire, se rire de, se nuire, se mentir, se suffire, se survivre, se convenir, se plaire, se déplaire, se complaire, s’en vouloir.
Mais l’exception s’explique : ces verbes pronominaux n’ont pas de complément d’objet direct avec lequel s’accorder et le pronom réfléchi a la fonction de complément d’objet indirect.
Exemples :
Elle s’est menti toute sa vie. (Mentir à qui ? À « se », c’est-à-dire à elle-même) Elles se sont toujours ressemblé. (Ressembler à qui ? À « se », c’est-à-dire l’une à l’autre)
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